Quand le locataire est à l’origine d’un logement indécent, il ne peut pas s’en plaindre
Écrit par Julie Dacantes, Juriste
La question de la décence des logements en location revient régulièrement dans l’actualité juridique. Si la loi impose clairement au propriétaire de fournir un logement conforme aux normes minimales, la responsabilité du locataire n’est pas pour autant négligeable. Une décision récente de la Cour de cassation est venue rappeler qu’un locataire peut lui-même être à l’origine d’un logement indécent… et qu’il ne peut alors pas reprocher au bailleur des désordres qu’il a contribué à créer.
Cet exemple illustre une réalité souvent oubliée : la décence est une obligation partagée, qui suppose une coopération entre les deux parties.
Ce que le bailleur doit garantir
Depuis la loi du 6 juillet 1989 (article 6) et le décret du 30 janvier 2002, le propriétaire est tenu de mettre à disposition un logement répondant à plusieurs critères légaux :
Surface minimale
- 9 m² pour une personne seule
- 16 m² pour deux occupants
- Un volume habitable d’au moins 20 m³
Performance énergétique
Depuis janvier 2023, les logements classés G+ au DPE ne peuvent plus être loués. L’objectif est de garantir une consommation énergétique raisonnable et un confort thermique minimal.
Sécurité et salubrité
Le logement ne doit présenter aucun risque pour la santé ou la sécurité :
- installation électrique ou gaz défectueuse
- humidité excessive
- traces de plomb ou d’amiante
- ventilation insuffisante
Équipements essentiels
Le bailleur doit fournir :
- un système de chauffage en état de fonctionnement
- des sanitaires complets
- un coin cuisine équipé
- une installation électrique conforme
En cas de manquement, un propriétaire s’expose à :
- une action judiciaire
- la réalisation de travaux sous astreinte
- une diminution de loyer
- des amendes pouvant atteindre 50 000 € en cas d’insalubrité caractérisée
- voire des poursuites pénales si des occupants sont mis en danger
Les obligations du locataire : souvent sous-estimées
Le locataire n’est pas seulement un occupant : il est lui aussi soumis à des obligations précises.
Entretien courant
L’entretien du logement et les petites réparations (joints, robinetterie, évacuations, ventilation) sont à sa charge. Un défaut d’entretien peut créer ou aggraver des situations d’indécence.
Usage raisonnable
Il doit utiliser les lieux normalement, sans dégradations volontaires ou négligences.
Une mauvaise aération, par exemple, peut entraîner moisissures, condensation et dégradations imputables au locataire.
Accès pour les travaux
Le locataire doit laisser entrer le propriétaire ou les artisans mandatés pour des réparations. Refuser systématiquement l’accès est une faute contractuelle.
Assurance habitation obligatoire
Souscrire une assurance risques locatifs est indispensable pour couvrir incendies, dégâts des eaux et dommages aux tiers.
En cas de manquement, le locataire peut :
- voir son bail résilié
- être tenu de payer les réparations
- perdre toute possibilité de reprocher au bailleur l’état du logement
Qu’est-ce qu’un logement décent, concrètement ?
Un logement est considéré comme décent s’il respecte quatre conditions cumulatives :
- Une surface et un volume minimums
- Une performance énergétique acceptable (DPE)
- Une absence de risques pour la santé ou la sécurité
- La présence d’équipements essentiels pour une vie normale
Ces critères ont pour but d’assurer au locataire des conditions de vie dignes, mais ils ne dispensent pas ce dernier de contribuer à la bonne conservation du logement.
Quand le locataire est responsable de l’indécence : un cas récent
Dans un arrêt de la Cour de cassation du 19 octobre 2022 (n°21-20.190), une locataire avait refusé l’accès à plusieurs artisans venus réaliser des travaux imposés par la loi.
Elle avait également laissé se développer une humidité importante en ne respectant pas les règles de ventilation du logement.
Constat des juges :
- Les dégradations provenaient du comportement de la locataire
- Le bailleur avait fait le nécessaire pour mettre le logement en conformité
- Les désordres n’étaient pas imputables au propriétaire
Résultat :
👉 Le bailleur a été exonéré de toute responsabilité.
👉 La locataire ne pouvait plus se plaindre de l’indécence du logement.
Cet arrêt rappelle un principe clair : on ne peut pas reprocher à l’autre ce que l’on a soi-même provoqué ou aggravé.
Que faire si vous pensez occuper un logement indécent ?
Si vous êtes locataire, la première étape est toujours la même :
1) Écrire au propriétaire (LRAR)
Décrivez les problèmes, joignez des photos et demandez des travaux.
2) Commission départementale de conciliation
Si le propriétaire ne répond pas, cette commission peut aider à trouver un accord sans passer par un juge.
3) Action en justice pour un logement indécent
Le tribunal peut :
- obliger le bailleur à effectuer les travaux
- réduire le loyer
- accorder des dommages et intérêts
- prononcer des astreintes pour accélérer les réparations
Pensez à conserver :
- échanges écrits
- constats d’huissier
- rapports d’experts
- photos datées
Les risques pour un propriétaire négligent
Un bailleur qui ne respecte pas son obligation de décence s’expose à :
- travaux imposés sous astreinte
- baisse de loyer ordonnée par le tribunal
- interdiction temporaire de louer
- condamnations pénales en cas de mise en danger
- amendes pouvant atteindre 50 000 €

